Je me réveille lentement. J’adore cette sensation de douce chaleur, cet engourdissement , cette absence de toute douleur. Qu’on est bien dans un lit douillet, sous la couette !
J’entends la pluie qui fouette la fenêtre par vagues et cela me berce.
Ma hanche gauche sur laquelle
je repose m’occasionne une gêne qui s’intensifie progressivement et me pousse à
ma lever.
J’enfile mon peignoir de soie
sur mon pyjama en pilou et descend précautionneusement l’escalier.
Pour mon âge, septante-quatre
ans, je suis assez en forme et fière de moi. Il n'empêche que les articulations n’ont
plus la même souplesse et, malgré ma pratique du qi gong, la mise en route est
parfois laborieuse.
Je vais dans la cuisine me
préparer un café bien corsé, mon premier plaisir de la journée. Poussy vient se
frotter contre mes jambes. Je le caresse et l’entends ronronner. Sa gamelle est
presque vide. Je la remplis de croquettes et me baisse pour prendre sa coupelle
d’eau afin de la renouveler. Aïe ! Décidément je suis rouillée aujourd’hui ! Mais je ne dois pas m’écouter. Trop se dorloter est le
meilleur moyen pour perdre de son autonomie. Et mon autonomie, moi j’y
tiens ! C’est ma vie !
Je vais jeter un coup d’œil au
salon qui communique avec la véranda pour voir l’état du jardin. Je me sens
bien dans cette pièce. Elle est intime
avec ses gros fauteuils à oreilles, les bibelots qui s’y entassent, les
peinture et dessins qui ornent les murs et tous les livres qui remplissent la
bibliothèque. Mais elle est aussi ouverte sur l’extérieur, envahie de plantes
vertes qui s'harmonisent avec celle du jardin. Le vent et la pluie ont
couché les asters et fait tomber pas mal de pétales des dahlias et des roses.
Mais un rayon de soleil vient soudain égayer ce paysage et faire étinceler les
gouttes accrochées aux branches. La beauté de la nature me touche toujours au
cœur.
Je commence à avoir faim. Je
vais aller faire ma toilette, m’habiller, puis prendre mon petit-déjeuner. C’est sans doute le repas que j’apprécie le plus. Je dévore par une tartine,
rôtie ou pas, tout dépend de la fraîcheur du pain, avec de la maquée ou du
fromage d’abbaye en tranches, suivie d’une seconde avec de la confiture ou du
miel. Et je termine par un fruit de saison, si possible de provenance
locale. C’est mon côté écologique. D’ailleurs je déteste le gaspillage et le
suremballage. Je reconnais cependant que j’aime beaucoup les kiwis jaunes qui viennent de Nouvelle-Zélande, là où vit mon fils aîné. Pas très logique
tout ça ! Je me demande comment il va. Il est toujours très occupé par son
métier. C’est d’ailleurs en bonne partie pour cela que sa femme l’a quitté. Il
me donne peu de nouvelles de lui. J’en ai plus par Emily, sa fille, ma
petite-fille de vingt-six ans. Elle est mignonne comme un cœur et jolie, moitié
européenne, moitié maori. Et intelligente ! Elle, elle me contacte
régulièrement par Zoom.
C’est pas tout ça, je rêvasse. Pas question de traîner ce matin. Je dois aller à l’académie pour mon atelier de
peinture puis voir Juliette et l’accompagner faire quelques achats.
Ne pas oublier de
prendre mes pinceaux et ma boîte de couleurs. Et les cachets que je dois
prendre avant mon repas de midi.
Un dernier regard dans le
miroir pour juger de mon apparence. Cette jupe marron et bleu foncé commence à se
défraichir. Il va falloir penser à la remplacer. Mais mon chemiser à petites
fleurs bleues et le cardigan lavande sont parfaits. J’ai mis mes molières marron et des chaussettes émeraude. Je vais passer ma cape poncho rouge et
mettre mon petit chapeau cloche de la même couleur. Je sais que mon look ne
passe pas inaperçu mais ça me plaît et je m’y reconnais totalement. Comme je
suis rousse, on me prend parfois pour une anglaise. God save the Queen !
Bonjour José,
RépondreSupprimerTa Line est encore une femme très active. Depuis quand vit-elle seule ? Plus de 20 ans ? Son mari l'a-t-il quittée avant le départ de leurs enfants ? Pourquoi craint-elle de perdre son autonomie ? Des antécédents dans sa famille ?
Elle ne semble pas souffrir de solitude, elle se sent bien dans sa maison en compagnie de son chat. Pour le reste, elle rencontre des gens au cours de peinture et autres activités.
Avec une chronologie différente, tu éviterais certaines contradictions apparentes ; j'ai l'impression que tu n'as pas encore décidé si oui ou non elle était en bonne forme.
Le café ne me semble pas être son premier plaisir, s'éveiller dans la chaleur de la couette en est un, observer son jardin en est un autre. La caresse du chat contre ses jambes..
Pourquoi doit-elle descendre l'escalier précautionneusement alors qu'elle se dit en bonne forme pour son âge ?
Line explique le divorce de son fils par un excès de travail. Peut-on expliquer son divorce à elle pour des raisons similaires ?
Depuis quand cultive-t--elle son côté écologique ?
Même si nous n'en apprenons pas encore beaucoup sur la vie de ton personnage dans le prologue, j'ai déjà envie d'en savoir plus.
Au plaisir de te lire bientôt !
Gisèle
Merci Gisèle pour tes commentaires.
SupprimerPour répondre à certaines de tes interrogations, sache que Line se porte bien (pour le moment) compte tenu de son âge mais que celui-ci lui rappelle parfois que le temps a passé. La mise en toute matinale des articulations prend un certain temps, ce qui explique sa prudence matinale dans les escaliers.
Line aime les petites plaisirs de la vie et le café fort du matin en fait partie, comme la vue de son jardin ou le contact avec son chat.
Pour les autres questions la suite du récit t'apportera sans doute les réponses mais un part de mystère reste pour chaque être et les rend d'uatant plus intéressant.
José
Bonjour José,
RépondreSupprimerLa fiche de présentation est chouette, je sens bien ton personnage.
Depuis quand son fils est en Nouvelle- Zélande et pourquoi est-il parti?
Quel est ce travail qui lui prend autant de temps?
Depuis quand mange t'elle plus de kiwi? Depuis que son fils est en Nouvelle- Zélande? A 74 ans, quelle est sa vraie couleur de cheveux ?
Texte agréable à lire surtout le matin.
Bien à toi.
Nadera
Pour les escaliers mieux vaut prévenir que guérir.
RépondreSupprimerEst-ce que Line envisage de vendre sa maison ou l'adapter à moyen terme ou à long terme pour faciliter sa mobilité au cas où?
Bon dimanche
Nadera
Bonsoir José,
RépondreSupprimerComme dit Nadéra, c'est vrai: je sens bien le personnage. On devine une certaine douceur, douceur de vivre. Un rythme certain. Avec un certain âge...Mais pourtant, un doute transpire dans le personnage: va-t-elle arriver en bas de l'escalier sans problème? Aura-t-elle des nouvelles de son fils? Son chat a-t-il assez à manger ou à boire?
Et puis, une ambiance donne de la vie, donne vie, que ce soit à la couette comme aux plantes extérieures ; ces dernières semblent, elles-aussi, avoir... 74 ans. Dalhias, roses, asters portent un peignoir de soie. Depuis quand, chers fleurs, escaliers et autres bibelots , supportez-vous cette immobilité? Car plus rien ne change , et depuis longtemps...
Depuis quand souffrez-vous d'être seul, de ne plus rencontrer une nouvelle aventure, un nouvel inconnu? Depuis quand avez vous senti un nouveau souffle de musique rythmer l'intimité de votre corps?
Oui, c'est exactement cela : "Depuis quand...."
Bonne soirée
Patrick
Bonjour José,
RépondreSupprimerElle est bien sympathique, Line. Ton prologue sonne très juste : tu as soigné les détails concrets qui dessinent le personnage : plus très jeune, quelques bobos, coquette, attachée à son chat, écolo, épicurienne, sociable, active. Tu n’expliques rien, ce sont les petites touches qui nous apprennent tout cela. Par ailleurs ton texte enchaîne habilement l’évolution des réflexions qui s’enchaînent, elles aussi, au départ d’éléments concrets. Un très intéressant travail de présentation, de portrait en mouvement. Contrairement à Gisèle, je trouve tout à fait cohérent qu’à 74 ans, même en pleine forme, cette femme indépendante et qui vit seule s’inquiète parfois de son avenir et redoute en particulier la perte d’autonomie. J’ai hâte de découvrir les aventures de cette sympathique personne.
Un détail :
« La hanche du côté sur lequel je repose… »
Elle sait sur quel côté elle repose donc :
« Ma hanche gauche/droite sur laquelle je repose… »
Dans ton premier chapitre qui sera bleu, un paquet de chips est l’élément central.
B on travail.
Liliane
Bonjour José,
RépondreSupprimerHeureuse de te compter dans notre groupe. J'aime beaucoup LINE, sa belle veranda, sa bonne humeur, et son goût vestimentaire qui ne doute de rien... SUPER !
Mais tu évoques aussi sa solitude, loin de son fils géographiquement mais peut être aussi, sentimentalement. Heureusement, sa petite fille maintient le lien familial.
Elle est certainement seule depuis longtemps, divorcée, veuve ?
La peinture, la motive à sortir et avoir une vie sociale, quelques médocs, évidemmen.
Depuis quand est elle seule ? Son fils est il parti si loin ?
Quand est née sa passion pour la peinture ? Ou est ce seulement une évasion, un moyen de "papoter" avec d'autres ?
Belle entrée en matière, Line s'annonce passionnante;
Au plaisir de lire la suite.
Amicalement
Ama